Tu jettes encore tes épluchures de carottes à la poubelle ? Dommage. Tu viens littéralement de balancer à l’incinérateur ce qui pourrait nourrir ta terre, tes légumes… et ton indépendance alimentaire. Faire son compost au jardin, ce n’est pas un truc de bobo écolo en quête de bonne conscience. C’est juste du bon sens. Et surtout, c’est simple. À condition de ne pas faire n’importe quoi.
On va voir ensemble comment démarrer un compost au jardin sans te transformer en gardien de décharge, quelles erreurs éviter, et comment en faire un véritable allié pour ton potager (ou tes quelques plantes si tu débutes).
Pourquoi tu as tout intérêt à composter
Avant de parler technique, remettons les choses à leur place. Composter, ça sert à :
- Réduire tes déchets : 30 à 40 % de ta poubelle, c’est du compostable. Autant dire que tu payes pour faire brûler de la future terre fertile.
- Nourrir ton sol gratuitement : un bon compost remplace une bonne partie des engrais du commerce (souvent chers et pas toujours clean).
- Améliorer la vie du sol : plus de vers de terre, plus de microbes utiles, plus de structure. Résultat : des plantes plus résistantes et moins malades.
- Stocker du carbone : au lieu de balancer du CO₂ pour rien, tu le gardes dans le sol, là où il doit être.
Et franchement, entre acheter un sac d’« engrais universel » en grande surface et transformer toi-même tes déchets en or brun, la question ne devrait même pas se poser.
Compost, qu’est-ce qui se passe exactement là-dedans ?
Non, le compost ce n’est pas « un tas qui pourrit ». C’est une usine vivante. Quand tu mélanges correctement tes déchets de cuisine et de jardin, tu nourris une armée de micro-organismes et d’animaux du sol :
- Bactéries et champignons qui dégradent la matière organique.
- Acariens, cloportes, collemboles qui fragmentent les morceaux.
- Vers de fumier (Eisenia) qui transforment le tout en un produit stable : le compost.
Pour que cette petite société travaille bien, il lui faut trois choses :
- De l’oxygène : d’où l’importance de ne pas faire un bloc compact et de brasser de temps en temps.
- De l’humidité : pas détrempé, pas sec, l’idéal c’est une éponge bien essorée.
- Un bon équilibre des matières : les fameuses matières « vertes » et « brunes ».
Si tu rates l’un de ces trois piliers, tu obtiens un tas qui pue, qui ne se décompose pas, ou qui attire tout ce qui traîne. On va éviter ça.
Choisir son système : bac, tas ou composteur “design” ?
Tu n’as pas besoin de claquer 300 € dans un composteur high-tech. Mais choisir un système adapté te simplifiera la vie.
- Le tas de compost au sol
C’est la version minimaliste. Tu choisis un coin du jardin, à l’ombre légère, pas trop loin de la maison (sinon tu abandonnes vite), et tu fais un tas directement sur la terre.- Avantages : zéro coût, facile à agrandir, hyper vivant (les vers montent du sol).
- Inconvénients : moins esthétique, plus exposé aux animaux, aux pluies, au vent.
- Le bac de compost (en bois ou plastique)
Le plus courant. Un ou plusieurs bacs fermés sur les côtés, ouverts en dessous.- Avantages : plus propre, moins de dispersion, plus facile à gérer en petite surface.
- Inconvénients : capacité limitée, peut sécher ou se tasser si mal géré.
- Les composteurs rotatifs ou design
Les tonneaux à tourner, jolies boîtes chères vendues comme « révolutionnaires ».- Avantages : marketing bien ficelé, potentiellement pratique pour brasser.
- Inconvénients : souvent trop petits, se dessèchent vite, prix délirant pour ce que c’est.
Mon avis sans filtre : si tu as un jardin, un simple bac en bois ou un tas bien organisé fait parfaitement le boulot. Mets ton argent dans des arbres fruitiers ou de bonnes semences plutôt que dans un gadget.
Ce que tu peux mettre (et ce qui doit rester à la poubelle)
Là, on attaque une source de grosses erreurs. Tout n’a pas sa place dans le compost, ou pas n’importe comment.
Les “verts” (riches en azote) : à mettre
- Épluchures de fruits et légumes (bio ou pas, mieux vaut que rien).
- Marc de café et filtres en papier non blanchis.
- Sachets de thé (sans agrafe, sans plastique).
- Tontes de gazon (en fines couches, bien mélangées).
- Restes de légumes cuits non gras, en petite quantité.
- Fanes de légumes, mauvaises herbes non montées en graines.
Les “bruns” (riches en carbone) : indispensables
- Feuilles mortes.
- Petites branches broyées, BRF, copeaux.
- Carton brun sans encre colorée, découpé en morceaux.
- Bois raméal fragmenté, broyat de taille.
- Paille, foin sec (non traité de préférence).
À éviter ou gérer avec prudence
- Viande, poisson, fromage : ça attire les rats, ça pue, ça complique tout. Si tu débutes : laisse tomber.
- Restes très gras ou très salés : frites, sauces, plats préparés… Tu n’es pas une usine industrielle de méthanisation.
- Grandes quantités d’agrumes : quelques épluchures, ok ; un kilo par semaine, ça déséquilibre le tout.
- Mauvaises herbes montées en graines : si le compost ne chauffe pas assez, tu réensemences ton jardin de problèmes.
- Plantes malades : si tu débutes et que tu n’es pas sûr de ton compost, évite de les mettre dedans.
Interdits (et là, ce n’est pas négociable)
- Verre, métal, plastique, même « biodégradable ».
- Litières pour chats/chiens (risque pathogène).
- Cendres de charbon ou de bois traité.
- Déchets de jardin traités aux pesticides lourds.
L’équilibre vert / brun : le nerf de la guerre
Le compost, c’est un peu comme une recette. Trop d’un ingrédient, et tu rates le plat. Si tu balances uniquement tes épluchures et tes restes de légumes, tu obtiens une boue compacte qui sent mauvais. Si tu ne mets que des feuilles mortes et du carton, ça ne se dégrade pas.
En gros, vise ce ratio visuel : 1 part de “vert” pour 2 à 3 parts de “brun”. Ça ne se mesure pas au gramme près, mais à chaque seau de déchets de cuisine, pense à rajouter une bonne poignée (ou plus) de matière brune : feuilles, broyat, carton.
Le bon réflexe : toujours avoir un tas de “brun” sec à côté de ton compost. Tontes de gazon ? Tu mélanges avec du broyat. Épluchures ? Tu recouvres d’un peu de feuilles mortes. Simple, efficace.
Étapes pour démarrer ton compost au jardin
On rentre dans le concret. Si tu pars de zéro, tu peux t’y prendre comme ça :
- 1. Choisis l’emplacement
Un coin à l’ombre ou mi-ombre, au contact direct avec le sol, à distance raisonnable de la maison (pas au fond du terrain, sinon tu auras la flemme). Évite le plein soleil qui dessèche tout. - 2. Prépare le sol
Griffe légèrement la terre sur 10–15 cm pour faciliter l’arrivée des vers et insectes. Tu peux déposer quelques branches au fond pour aérer la base. - 3. Pose ta première couche “brune”
Feuilles mortes, broyat, carton déchiré. Cette couche sert de « lit » drainant et évite que ça ne se transforme en bourbier. - 4. Ajoute tes premiers déchets “verts”
Tes épluchures, restes de légumes, un peu de tonte, bien répartis. Pas besoin d’en faire des tonnes au début, ça viendra vite. - 5. Couvre à chaque apport
À chaque fois que tu viens avec ton seau de cuisine, tu rajoutes par-dessus une couche de brun. C’est la meilleure manière d’éviter les odeurs et les mouches. - 6. Brasse de temps en temps
Tous les 15 jours à 1 mois, passe un coup de fourche pour aérer un peu l’ensemble. Pas besoin de tout retourner à chaque fois, mais remonter ce qui est en bas, casser les blocs, ça aide.
Et ensuite ? Tu laisses la vie faire le boulot. Sérieusement. Le plus dur, c’est d’arrêter de vouloir tout contrôler.
Les erreurs fréquentes qui pourrissent ton compost (au sens propre)
Si tu entends souvent que « le compost ça pue », c’est presque toujours parce que ces erreurs ont été commises.
- Erreur 1 : trop de “vert”, pas assez de “brun”
Symptômes : odeur d’œuf pourri, de poubelle, présence de jus au fond, masses gluantes.
Solution : ajoute massivement du brun (broyat, feuilles, carton), brasse, et arrête de verser trois seaux de tonte d’un coup. - Erreur 2 : compost laissé à l’abandon, jamais brassé
Symptômes : zones sèches, zones compactes, décomposition très lente.
Solution : un brassage régulier, même léger, relance l’aération. Tu n’as pas besoin de retourner tout le tas chaque semaine, mais oublie l’idée du « compost qu’on ne touche jamais ». - Erreur 3 : compost détrempé ou complètement sec
Symptômes : si c’est trop humide, ça fermente et ça pue. Si c’est trop sec, ça reste intact des mois.
Solution : vise la fameuse texture d’éponge essorée. Trop humide ? Rajoute du brun sec, couvre le tas. Trop sec ? Arrose légèrement en brassant. - Erreur 4 : tout et n’importe quoi dans le bac
Symptômes : rats, mouches, odeurs, voisins qui râlent.
Solution : vire la viande, les restes gras, les gros morceaux non coupés. Un compost, ce n’est pas une poubelle maquillée en projet écologique. - Erreur 5 : impatience
Symptômes : « Ça fait 3 mois, je ne comprends pas, ce n’est pas encore du terreau ! »
Solution : accepte que la nature a son rythme. Entre 6 et 12 mois pour un compost mûr, selon le climat, les apports et la gestion. Tu peux utiliser un compost demi-mûr en paillage, sans soucis.
Envie que ça aille plus vite ? Voici les bons leviers
Tu peux accélérer ton compost sans acheter de « activateur miracle » en granulés.
- Diversifie les matières : plus ton compost est varié (verts, bruns, tailles, feuilles, un peu de fumier si tu en as), plus les micro-organismes trouvent de quoi bosser.
- Fractionne les gros morceaux : une branche de 3 cm d’épaisseur mettra des années ; broyée ou coupée en petits morceaux, quelques mois.
- Entretiens l’humidité : en été, un compost à l’ombre, couvert (planche, vieux tissu, carton), garde mieux son humidité et tourne plus vite.
- Brasse vraiment : un retournement complet du tas (par exemple tous les 2–3 mois) peut booster la décomposition en réoxygénant le cœur et en homogénéisant le mélange.
- Ajoute un peu de “vie” : si tu démarres sur du carton et des déchets très pauvres, tu peux mettre quelques pelles de terre de jardin ou d’ancien compost pour ensemencer en micro-organismes.
Pas besoin de produits « spéciaux compost » vendus en jardinerie. Ta meilleure « activation », c’est l’équilibre, l’oxygène et l’humidité maîtrisée.
Comment savoir si ton compost est prêt ?
Tu sauras que ton compost est mûr quand :
- Il sent la terre de forêt, pas la poubelle.
- On ne reconnaît quasiment plus les déchets de départ (sauf quelques morceaux de branches ou coquilles d’œuf, c’est normal).
- La couleur est brun foncé, la texture grumeleuse, friable.
- La température est redevenue proche de celle de l’air ambiant (il ne chauffe plus au centre).
Si tu vois encore beaucoup de matières fraîches, tu peux :
- Prélever la partie basse bien décomposée et laisser le reste continuer.
- Utiliser ce compost « demi-mûr » en paillage au pied des arbustes, mais pas pour les semis délicats.
Utiliser ton compost au jardin : là où ça fait la différence
Une fois ton compost prêt, c’est là que tu récoltes les fruits de ta patience.
- Au potager
Étale une couche de 1 à 3 cm sur tes planches de culture avant les plantations, puis incorpore légèrement en surface ou laisse les vers faire le travail. Inutile d’en mettre 10 cm, ce n’est pas du béton. - Au pied des arbres et arbustes
Dépose-le en cercle sous la couronne des branches, sans coller au tronc. C’est comme ça que tu nourris doucement tes fruitiers, sans surdoser. - Pour tes plantes en pot
Mélange environ 1/3 de compost bien mûr à 2/3 de terre ou de terreau pour des plantes gourmandes. Pour les semis, meilleure prudence : privilégie un compost très fin et bien mûr ou limite-toi à 10–20 % dans le mélange. - En régénération de sol pauvre
Sur un sol tassé, fatigué, tu peux répandre du compost en surface, couvrir avec un paillage (foin, feuilles) et laisser un hiver passer. Tu seras étonné du changement.
Le piège classique : penser que « plus = mieux ». Un compost, même maison, reste concentré. En mettre trop peut déséquilibrer certains sols ou brûler des jeunes racines. Reste raisonnable, observe, ajuste.
Et si tu n’as qu’un petit jardin (ou presque rien) ?
On va être clair : dire « je ne peux pas composter, j’ai un petit terrain » est souvent une excuse confortable. Tu as plusieurs options :
- Petit bac discret au fond du jardin : même 1 m² te suffit pour un bac de compost qui absorbe une bonne partie de tes déchets de cuisine.
- Bac partagé de quartier : de plus en plus de communes installent des composteurs collectifs. Tu gardes un seau dans ta cuisine, tu l’apportes une fois par semaine, terminé.
- Lombricompostage intérieur ou balcon : si vraiment tu n’as pas de sol, c’est une alternative. Ce n’est pas un compost classique, mais tu obtiens un amendement de grande qualité.
La vraie question, ce n’est pas « est-ce que je peux composter ? » mais « jusqu’où je veux arrêter de payer pour brûler de la matière organique utile ? »
Tu n’as pas besoin d’être parfait, juste cohérent. Commence petit, avec ce que tu as, dans le jardin que tu as. Tu verras vite que ce qui te semblait une contrainte devient un réflexe… puis une satisfaction assez jouissive : celle de nourrir ton sol au lieu de nourrir l’industrie des déchets.