Tu t’es déjà demandé ce qu’il y a vraiment derrière ton maillot de bain préféré ? Spoiler : ce n’est pas juste « été, soleil et bronzette ». Entre pétrole, microplastiques et conditions de travail douteuses, le maillot classique est tout sauf anodin. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut faire mieux, beaucoup mieux. Un maillot de bain éthique, ça existe, et ce n’est pas réservé aux bobos vegan végans en van aménagé.
On va voir ensemble quels matériaux privilégier, quels labels regarder (et lesquels ignorer) et quels types de modèles choisir pour un été un peu plus cohérent avec ton discours « j’essaie de mieux consommer ».
Pourquoi ton maillot de bain n’est pas aussi innocent qu’il en a l’air
Dans 99 % des cas, un maillot de bain « classique », c’est :
- du polyester, du polyamide (nylon) et de l’élasthanne = dérivés directs du pétrole ;
- des microplastiques relâchés à chaque lavage ou baignade ;
- une fabrication à l’autre bout du monde, dans des usines pas franchement exemplaires ;
- une durée de vie assez courte (ça se détend, ça ternit, ça se troue).
Tu rajoutes à ça les teintures et finitions chimiques, et tu obtiens un cocktail parfait pour polluer les océans… en allant s’y baigner. Ironique, non ?
Selon certaines études, les textiles synthétiques sont responsables de 35 % des microplastiques présents dans les océans. Et devine quoi : un maillot de bain, c’est 100 % synthétique ou presque. Tu le mets dans une machine, il perd des microfibres. Tu te baignes, même combat.
Est-ce que ça veut dire qu’il faut arrêter d’acheter des maillots de bain ? Non. Mais arrêter d’acheter n’importe quoi, n’importe comment, oui.
Maillots de bain éthiques : les matériaux à privilégier (et ceux à éviter)
On ne va pas se mentir : le maillot parfait, 0 impact, n’existe pas. Mais tu peux choisir le moins pire, en connaissance de cause.
Les matériaux à éviter autant que possible :
- Polyester vierge : issu directement du pétrole, gourmand en énergie, relargue des microplastiques.
- Polyamide / Nylon vierge : même combat, avec en bonus un processus de fabrication très polluant.
- Élasthanne (spandex, Lycra) : indispensable pour l’élasticité… mais aussi 100 % synthétique et difficile à recycler.
Les matériaux plus intéressants (en version « moins pire mais acceptable ») :
- Polyester recyclé (rPET) : fabriqué à partir de bouteilles en plastique ou de déchets industriels. Ça évite d’extraire du pétrole en plus. Problème : ça reste du plastique, donc microplastiques toujours présents.
- Polyamide recyclé type ECONYL : fabriqué notamment à partir de filets de pêche récupérés, de chutes textiles, etc. L’avantage, c’est la valorisation de déchets qui finiraient en mer ou en décharge. L’inconvénient, identique : microplastiques encore et toujours.
- Q-NOVA, REPREVE & co. : d’autres fibres synthétiques recyclées, souvent à base de déchets industriels ou de bouteilles. Même logique : mieux que du vierge, mais pas magique.
Et le coton bio pour les maillots ? Mauvaise idée. Il absorbe l’eau, sèche mal, se détend et s’abîme très vite dans le chlore ou le sel. Donc oui, on reste coincé avec des matières synthétiques, mais on peut les choisir plus intelligemment :
- Privilégier les fibres recyclées plutôt que vierges.
- Limiter le pourcentage d’élasthanne : certains maillots tiennent très bien avec 10–15 %, pas besoin de 30 %.
- Choisir des tissus plus résistants : meilleure tenue dans le temps = moins de maillots achetés.
Petit bonus : certaines marques proposent des maillots doublés avec du tissu recyclé, ou des tissus certifiés sans substances toxiques. Là, on commence à parler de vraie démarche.
Les labels à repérer pour ne pas se faire avoir
Le mot « éthique » est tellement galvaudé qu’il ne veut plus dire grand-chose. Pour éviter le greenwashing, quelques labels peuvent t’aider à faire le tri. Pas besoin de devenir expert, mais connaître 3–4 sigles utiles, ça change tout.
Les labels sur la matière :
- GRS (Global Recycled Standard) : garantit un certain pourcentage de fibres recyclées dans le produit, plus un minimum de critères sociaux et environnementaux. Intéressant pour les maillots en polyester ou polyamide recyclé.
- OEKO-TEX Standard 100 : ne certifie pas que c’est « écolo », mais que le tissu fini ne contient pas de substances nocives pour la santé au-delà de certains seuils. C’est déjà ça quand tu sais à quel point un maillot est en contact direct avec ta peau.
- OEKO-TEX MADE IN GREEN : va plus loin, en intégrant aussi des critères sociaux et de traçabilité. Si tu vois ce label, c’est mieux.
Les labels sociaux / éthiques :
- Fair Wear Foundation : contrôle les conditions de travail dans les usines textiles (heures, salaires, sécurité…).
- Fairtrade / Commerce équitable : plus rare pour les maillots, mais parfois présent sur certaines pièces (notamment si coton utilisé).
- B Corp : label d’entreprise qui évalue l’impact global (social, environnemental, gouvernance). Ce n’est pas spécifique au textile mais c’est un bon signal que la marque se prend un minimum au sérieux.
Les mentions à relativiser :
- « Eco-friendly », « green », « conscious » : du vent si ce n’est pas accompagné de chiffres, de labels sérieux ou d’une vraie transparence (composition détaillée, pays de fabrication, usines, etc.).
- « Fabriqué en Europe » : c’est mieux pour les normes sociales, mais ça ne te dit rien sur la matière ni sur la chimie utilisée.
En gros : cherche au moins un label matière + un signe d’engagement social, et méfie-toi des grandes phrases poétiques sur fond de plage au coucher de soleil.
Quels types de modèles privilégier pour un été plus durable ?
Un maillot de bain éthique, ce n’est pas juste une histoire de tissu. C’est aussi la façon dont il est pensé et utilisé. Le maillot le plus responsable, c’est celui que tu vas porter longtemps, souvent, et que tu ne vas pas bazarder au bout d’un été.
Quelques pistes concrètes :
- Les modèles intemporels : un une-pièce noir bien coupé, un bikini simple, des formes classiques… C’est moins « Instagrammable » que le maillot à volants fluo de la saison, mais dans 3 ans tu le porteras encore sans avoir l’air de sortir d’une vieille campagne de pub.
- Les modèles réglables : bretelles ajustables, liens à nouer, bas réglables. Quand ton corps change (prise ou perte de poids, grossesse, etc.), ton maillot peut suivre, au lieu de finir au fond du placard.
- Les maillots réversibles : deux maillots en un, moins d’achats, plus de combinaisons. Attention quand même à la qualité des coutures, parce que le réversible cheap, ça se détend vite.
- Les hauts et bas vendus séparément : pratique si tu n’es pas fabriqué en proportions standards (c’est-à-dire à peu près tout le monde). Ça évite d’acheter un ensemble juste parce que tu n’entres pas dans le haut ou le bas.
- Les modèles sportifs / surf : souvent plus couvrants, plus résistants, et surtout pensés pour durer et tenir en place. Tu les gardes plus longtemps, et tu te baignes sans te demander toutes les 30 secondes si tout est encore à sa place.
Tu peux aussi sortir du réflexe « neuf » :
- La seconde main : oui, c’est tabou pour certains, mais pour des maillots quasi neufs, parfois jamais portés, ça vaut le coup (plateformes de revente, dépôts-vente, Vinted, etc.). Évidemment, on parle de pièces en bon état, que tu laves en profondeur avant usage.
- Les maillots réparables : certaines marques proposent de réparer les élastiques ou coutures. Tu prolonges la vie de ton maillot au lieu de le jeter pour un trou minuscule.
Comment choisir concrètement ton prochain maillot de bain éthique
Pour t’aider à trier, voici une sorte de check-list rapide à garder en tête avant de cliquer sur « Ajouter au panier » :
- Composition : au moins 70–80 % de matière recyclée si possible, élasticité suffisante mais pas délirante (10–20 % d’élasthanne).
- Labels : cherche GRS, OEKO-TEX, ou un label sérieux ; à défaut, une vraie transparence (composition détaillée, origine de la fibre, pays de confection).
- Pays de fabrication : Europe ou pays avec engagement social clair. Ce n’est pas une garantie absolue, mais c’est un indice.
- Coupe : est-ce que tu vas vraiment le porter dans 3 ans ? Ou c’est juste un crush de 10 minutes parce que tu as vu la dernière influenceuse avec ?
- Polyvalence : est-ce que tu peux te baigner, bouger, jouer avec des enfants, faire du paddle sans passer ton temps à te rhabiller ?
- Durabilité perçue : coutures propres, tissu dense, pas transparent, pas de fils qui dépassent. Si ça a l’air cheap neuf, imagine dans six mois.
Si une marque ne communique ni sur la composition exacte, ni sur les usines, ni sur ses engagements, mais bombarde de mots comme « eco chic », « responsable » et « durable »… tu connais la chanson.
Entretenir ton maillot pour le garder (vraiment) plusieurs étés
Le maillot le plus éthique, c’est celui que tu ne remplaces pas tous les ans. Et là, ton rôle est énorme. Un bon entretien peut littéralement doubler la durée de vie de ton maillot.
Les bases :
- Rincer à l’eau claire systématiquement après la baignade (mer ou piscine). Le sel et le chlore flinguent les fibres.
- Laver à la main avec un savon doux, à l’eau froide ou tiède. La machine, même en cycle délicat, abîme l’élasthanne.
- Pas de sèche-linge, pas de radiateur, pas de plein soleil pour sécher. Tu l’étales à plat, à l’ombre. Oui, ça prend plus de temps. Oui, c’est ça ou un maillot distendu en deux semaines.
- Éviter les crèmes solaires directement sur le tissu : ça tache, ça abîme les fibres, ça décolore. Tu mets ta crème, tu attends qu’elle pénètre, ensuite tu enfiles le maillot.
Bonus : si tu veux aller au bout de la logique, tu peux laver tes maillots synthétiques (quand ils passent en machine) dans un sac de lavage spécial qui retient une partie des microplastiques. Ce n’est pas parfait, mais toujours mieux que rien.
Éthique ne veut pas dire se ruiner (mais arrêter d’acheter 4 maillots par an)
Oui, un maillot de bain éthique est souvent plus cher qu’un bikini à 9,99 € chez la fast fashion du coin. La vraie question, c’est : de combien de maillots as-tu vraiment besoin ?
Si tu compares :
- 4 maillots low cost à 15 € que tu changes tous les ans ;
- 1 ou 2 maillots de meilleure qualité, payés plus cher mais portés plusieurs étés ;
… sur 3 ou 4 ans, tu peux très bien t’y retrouver financièrement. À condition de sortir de la logique « nouvelle collection, nouveau maillot, nouvelle couleur ». Tu veux un été plus durable ? Commence par ne pas transformer ta valise en showroom flottant.
Et puis, payer un peu plus pour :
- des ouvrières et ouvriers payés décemment ;
- des matières moins catastrophiques ;
- un produit qui tient plus longtemps ;
ce n’est pas juste « un achat », c’est un vote avec ton portefeuille. Tu encourages un autre modèle que celui qui dégueule du polyester à bas coût sur des plages déjà saturées de plastique.
Passer à un été plus cohérent, sans se prendre la tête
Tu n’as pas besoin de tout révolutionner du jour au lendemain. Commence simplement par le prochain maillot que tu achèteras :
- Pose-toi deux minutes : est-ce que j’en ai vraiment besoin, ou j’ai juste envie de nouveauté ?
- Si la réponse est oui, cherche un modèle :
- en matière recyclée (polyester ou polyamide recyclé) ;
- avec au moins un label ou un minimum de transparence ;
- dans une coupe que tu sais que tu porteras vraiment.
- Entretiens-le correctement pour le garder le plus longtemps possible.
Tu ne sauveras pas les océans à toi tout seul en changeant de maillot de bain, soyons honnêtes. Mais tu peux éviter d’en rajouter une couche. Et surtout, tu peux aligner un peu plus tes vacances « pieds dans l’eau » avec ce que tu dis le reste de l’année sur ta manière de consommer.
On ne choisit pas toujours la température de l’eau, mais on peut choisir ce qu’on y met dedans. Y compris nos maillots.