Si tu lis ces lignes, c’est probablement que le mot “véganisme” t’intrigue. Tu l’as vu sur des emballages, des comptes Instagram, dans des débats enflammés entre tonton Marcel et ta cousine en école d’ingé. Mais au fond, c’est quoi, le véganisme ? Un régime alimentaire ? Une secte ? Une mode de bobo culpabilisés ? Ou un vrai choix de consommation cohérent ?
On va poser les choses clairement, sans filtre, sans moralisation débile. Tu décides de ce que tu mets dans ton assiette, mais au moins, tu le décideras en connaissance de cause.
Le véganisme : bien plus qu’un “simple” régime
Le véganisme, à la base, ce n’est pas une salade de quinoa avec trois graines de chia. C’est une position éthique. La définition la plus utilisée vient de la Vegan Society (créée en 1944, ce n’est donc pas une lubie TikTok) :
Le véganisme est une façon de vivre qui cherche à exclure, autant que possible et réalisable, toute forme d’exploitation et de cruauté envers les animaux, que ce soit pour l’alimentation, l’habillement ou tout autre domaine.
Traduction en langage de tous les jours : une personne végane essaie de ne pas participer à un système qui utilise l’animal comme une ressource. Pas “moins” d’animaux, pas “mieux traités”, mais le moins possible d’exploitation, point.
Concrètement, ça joue sur plusieurs terrains :
- Dans l’assiette : pas de viande, pas de poisson, pas d’œufs, pas de lait, pas de miel, pas de gélatine, pas de beurre, etc.
- Dans le dressing : pas de cuir, pas de laine, pas de fourrure, pas de soie.
- Dans la salle de bain : cosmétiques non testés sur les animaux et sans ingrédients d’origine animale (collagène, carmin, etc.).
- Dans les loisirs : refus des cirques avec animaux, des delphinariums, corridas, etc.
Le mot-clé dans la définition officielle, c’est “autant que possible et réalisable”. Personne ne te demande de vérifier si le mec qui a posé le carrelage chez toi a marché sur un escargot en venant au boulot. Mais tu peux choisir un yaourt végétal plutôt qu’un yaourt au lait, ça, c’est sous ton contrôle direct.
Végétarien, végétalien, végan : on arrête le flou
Beaucoup mélangent tout, et ça arrange bien l’industrie qui adore le brouillard. Rappel express :
- Végétarien : ne mange pas d’animaux (viande, poisson, crustacés), mais consomme des produits d’origine animale (lait, œufs, miel).
- Végétalien : ne consomme aucun produit d’origine animale dans l’alimentation (donc pas de lait, œufs, miel, etc.).
- Végan : végétalien dans l’alimentation et applique ce principe au reste de sa vie (vêtements, cosmétiques, loisirs, etc.).
Donc oui, tous les véganes sont végétaliens dans l’assiette, mais tous les végétaliens ne sont pas forcément véganes dans leur mode de vie.
Pourquoi des gens deviennent véganes ? (spoiler : ce n’est pas que pour les lentilles)
Tu peux être tenté de croire que c’est “pour la santé” et basta. En réalité, la motivation principale reste éthique, mais elle se mélange souvent à d’autres sujets : climat, santé, justice sociale… Faisons le tour des grandes raisons.
Pour les animaux : sortir de l’angle mort
On vit dans un monde où caresser un chien, c’est attendrissant, mais manger un cochon, c’est “normal”. Sauf que niveau sensibilité, intelligence, capacité à souffrir, les deux sont très proches.
Quelques chiffres, juste pour situer :
- En France, on abat environ 1 milliard d’animaux terrestres par an pour l’alimentation.
- À l’échelle mondiale, c’est plus de 80 milliards d’animaux terrestres chaque année, sans compter les animaux marins (qu’on pèse en tonnes, pas en individus, c’est plus pratique pour invisibiliser).
Le véganisme part du constat simple : si on peut se nourrir correctement sans faire passer des animaux à l’abattoir, pourquoi continuer ?
Et là, on touche à un truc qui dérange : la plupart des gens aiment les animaux, mais délèguent la “sale besogne” à des abattoirs cachés loin des villes. Le véganisme remet ça en face : tu ne peux plus dire “j’adore les animaux” un burger saignant dans une main et une vidéo de chat mignon dans l’autre sans au moins accepter la contradiction.
Pour la planète : la viande, c’est lourd (au sens propre)
Si tu t’intéresses un minimum à l’empreinte carbone de ton mode de vie, tu ne peux pas ignorer l’impact de l’élevage. Quelques points clés, basés sur les principaux rapports (FAO, IPCC, études type Poore & Nemecek 2018) :
- L’élevage serait responsable de 14 à 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon les méthodologies.
- La production de 1 kg de bœuf émet en moyenne 20 à 60 fois plus de CO₂e qu’1 kg de la plupart des protéines végétales (lentilles, pois, soja, etc.).
- Environ 80 % des terres agricoles dans le monde servent directement ou indirectement à l’élevage (pâturages + cultures pour nourrir les animaux), alors que la viande ne fournit qu’une minorité des calories consommées par les humains.
Autrement dit : on utilise un max de terres, d’eau, d’énergie pour passer des végétaux par le “convertisseur” animal, avec des pertes énormes. Le véganisme, c’est dire : et si on arrêtait le détour ?
Sur un plan purement écologique, une alimentation végétalienne bien pensée a en général une empreinte :
- plus faible en émissions de GES,
- plus économe en eau,
- moins gourmande en terres agricoles.
Il y a toujours des nuances (avocat par avion vs lentilles locales), mais à échelle globale, la tendance est très claire.
Pour la santé : moins de produits animaux, plus de bénéfices ?
Les grandes instances de nutrition sérieuses (American Dietetic Association, British Dietetic Association, etc.) convergent sur un point : une alimentation végétalienne bien planifiée peut être adaptée à tous les âges de la vie.
Tu remarqueras le “bien planifiée”. Traduction : si ton régime végane, c’est frites, pain blanc et soda, tu ne tiens pas longtemps.
Les études globales sur les régimes végétariens et végétaliens montrent souvent :
- un risque plus faible de maladies cardiovasculaires,
- un taux plus bas de diabète de type 2,
- parfois un IMC moyen plus faible,
- un profil lipidique amélioré (moins de cholestérol LDL).
Mais il y a quelques points à surveiller sérieusement :
- Vitamine B12 : obligatoire en supplément (complément alimentaire ou aliments enrichis). Aucun aliment végétal non enrichi ne fournit une source fiable de B12.
- Fer, zinc, iode, calcium, oméga-3 : faisable par l’alimentation, mais demande un minimum de connaissance.
- Protéines : pas un problème si tu manges suffisamment de légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots, soja, etc.), céréales, oléagineux.
Le véganisme n’est pas une garantie “santé +++”. C’est juste un cadre. À l’intérieur, tu peux faire très bien… ou très mal. Comme avec n’importe quel régime.
Non, être végane ne veut pas dire vivre de graines et de tristesse
L’une des plus grandes peurs, c’est : “je vais manger quoi ?”. En pratique, tu as 3 grandes familles d’aliments qui structurent une assiette végane variée :
- Les légumineuses : lentilles, pois chiches, haricots rouges, haricots blancs, pois cassés, soja (tofu, tempeh…).
- Les céréales : riz, pâtes, quinoa, boulgour, avoine, sarrasin, etc.
- Les oléagineux et graines : noix, amandes, noisettes, graines de tournesol, de courge, de chia, de lin.
Tu ajoutes à ça :
- des légumes (beaucoup),
- des fruits,
- des huiles de qualité (colza, olive, etc.),
- quelques produits “simili-carnés” si tu veux (tofu fumé, nuggets végétaux, steaks de soja, etc.).
Et là, tu commences à comprendre que tu ne vas pas “perdre” ton plaisir de manger, tu vas juste le déplacer. Curry de pois chiches coco, lasagnes aux légumes et lentilles, chili sin carne, pad thaï au tofu, brownies à l’aquafaba (l’eau des pois chiches utilisée comme blanc d’œuf)… on est loin de la salade fade.
Les idées reçues sur le véganisme… démontées une par une
Parce que tu as forcément déjà entendu ça :
- “Les plantes souffrent aussi”
La fameuse. On ne va pas repartir dans un cours de biologie, mais non, une carotte n’a pas de système nerveux, pas de cerveau, pas de conscience. Et même si tu décidais de considérer que “manger une plante, c’est violent” : l’élevage consomme bien plus de plantes que le végétalisme (il faut nourrir l’animal avant de le manger). Donc si tu veux vraiment “minimiser la souffrance des plantes”, tu manges végétal. - “C’est extrême”
Extrême, c’est quoi ? Continuer à tuer des milliards d’animaux chaque année alors qu’on sait qu’on peut faire autrement, ça te paraît modéré ? L’extrémisme, c’est plus souvent dans l’exploitation de masse que dans le refus d’y participer. - “On a toujours mangé de la viande”
On a aussi toujours fait la guerre, pratiqué l’esclavage, et brûlé des sorcières. “On l’a toujours fait” n’a jamais été un argument éthique valable. La question, ce n’est pas ce qu’on a toujours fait, c’est ce qu’on peut faire maintenant qu’on a d’autres options. - “Végane = carencé”
Végane mal informé, oui, ça peut dériver. Mais omnivore mal informé aussi : obésité, diabète, hypertension, cholestérol, ça ne vient pas des lentilles. aujourd’hui, on sait parfaitement construire un régime végane complet. Faut juste arrêter de faire confiance à ton seul “feeling” et ouvrir deux-trois bouquins (et/ou voir un·e diététicien·ne).
Tu veux tendre vers le véganisme ? Fais-le intelligemment
Tu n’es pas obligé de basculer “100 % végan” du jour au lendemain. D’ailleurs, pour la plupart des gens, ça ne marche pas. Mieux vaut une progression sincère qu’un grand saut suivi d’un abandon total.
Quelques approches concrètes :
- Commencer par les repas : par exemple, tu peux te fixer “lundi végé” puis 3 jours végétaliens par semaine, puis augmenter.
- Changer un produit à la fois : lait de vache → boisson végétale ; yaourts classiques → yaourts végétaux ; beurre → margarine de qualité (sans huile de palme, si possible).
- Explorer une cuisine par semaine : cuisine indienne (lentilles, pois chiches), moyen-orientale (falafels, houmous), asiatique (tofu, nouilles, légumes), etc.
- Remplacer les protéines animales par des légumineuses : ton “steak-purée” devient “steak de lentilles – purée”, ton “poulet-riz” devient “pois chiches-riz”, etc.
Et surtout : forme-toi. Quelques heures à lire sérieusement sur :
- la B12,
- les apports en protéines,
- les sources de fer végétal + vitamine C,
- les lipides (oméga-3 notamment).
C’est moins long que de binge-watcher ta série du moment, et ça change ta santé sur des années.
Le véganisme, ce n’est pas la perfection, c’est une direction
Beaucoup repoussent l’idée parce qu’ils se disent : “je ne serai jamais parfait, alors à quoi bon ?”. Sauf que le véganisme, ce n’est pas un examen où tu as 20/20 ou zéro.
Tu peux :
- réduire fortement ta consommation de produits animaux sans être “puriste”,
- faire des exceptions ponctuelles et continuer à tendre vers moins d’exploitation,
- commencer par l’alimentation, puis t’attaquer au cuir, aux cosmétiques, etc.
Le système adore te faire croire que si tu n’es pas parfait, tu es hypocrite. C’est pratique : comme personne n’est parfait, personne ne bouge. Ne tombe pas dans ce piège. Chaque repas, chaque achat, c’est un vote. Tu n’as pas besoin d’être “100 % végan” pour diminuer concrètement :
- le nombre d’animaux envoyés à l’abattoir,
- les émissions de gaz à effet de serre,
- la pression sur les terres et l’eau.
Véganisme et consommation : reprendre le pouvoir sur ton assiette
Ce qui dérange le plus dans le véganisme, ce n’est pas les pois chiches. C’est l’idée suivante : tu peux dire non. Non à une industrie qui te vend du “bien-être animal” sur des barquettes emballées de plastique. Non à un système qui transforme des êtres vivants en “matière première”. Non à la version industrielle de la nourriture, calibrée, standardisée, optimisée pour le profit, pas pour ta santé ni pour la planète.
Devenir végane, ou simplement t’en approcher, c’est :
- te reconnecter à ce que tu manges,
- cuisiner plus,
- lire les étiquettes (vraiment),
- te poser la question “de quoi est fait ce produit ?” au lieu de “est-ce que c’est bon ?” uniquement.
Et tu verras vite un truc : moins tu relies ta faim à des produits ultra transformés et à des animaux abattus, plus tu gagnes en cohérence. Pas parce que tu deviens “pur”, mais parce que tu alignes un peu plus tes valeurs (“je n’aime pas la souffrance”, “je m’inquiète pour le climat”) et tes actes.
Au final, le véganisme, ce n’est pas un badge à afficher sur Instagram, ni un concours de vertu. C’est une réponse, parmi d’autres, à une question simple que trop peu de gens osent se poser : combien je suis prêt à tolérer de souffrance et de destruction pour 10 minutes de plaisir dans mon assiette ?
À partir de là, tu fais tes choix. Mais tu ne pourras plus dire “je ne savais pas”.